Laïka, Belka et Strelka : l’histoire des chiens envoyés dans l’espace

Alors que le lancement d’Artemis II marque le retour des missions habitées autour de la Lune, l’humanité célèbre une nouvelle étape de la conquête spatiale. Mais derrière cet exploit et cet enthousiasme collectif, une question demeure : à quel prix avons-nous franchi les limites de la Terre ?

Car avant les astronautes, d’autres ont été envoyés dans l’espace. Sans choix, sans protection, des animaux ont été utilisés pour tester l’inconnu. Un singe d’abord, puis des chiens errants, envoyés dans des conditions extrêmes pour ouvrir la voie.

Depuis toujours, les animaux ont servi de cobayes aux expérimentations scientifiques. La conquête spatiale n’a pas fait exception. Le premier chien à atteindre l’orbite fut Laïka, une chienne errante.

Laïka, envoyée dans l’espace sans retour

Le 3 novembre 1957, à bord de Spoutnik 2, une petite chienne croisée d’environ deux ans devient le premier être vivant à orbiter autour de la Terre. Son nom est Laïka (qui signifie « aboyeuse » en russe). Recueillie comme chienne errante dans les rues de Moscou, elle est choisie pour sa petite taille et son tempérament calme. L’objectif pour les scientifiques soviétiques est de vérifier si un organisme vivant peut supporter les conditions du vol spatial.

Mais dès le départ, une vérité est dissimulée au public : Laïka ne reviendra jamais. Pendant des décennies, l’URSS a affirmé que Laïka avait survécu plusieurs jours en orbite, avant de mourir « sans souffrance » après avoir été empoisonnée par sa nourriture. Ce n’est qu’en 2002 qu’un scientifique russe, Dimitri Malashenkov, révèle la vérité lors d’une conférence : la chienne est morte de panique et de surchauffe cinq à sept heures seulement après le lancement.

En 1998, l’un des responsables de la mission, confiera son regret : « Plus le temps passe, plus je regrette. Nous n’avons pas appris assez de cette mission pour justifier la mort d’un chien ».

Belka et Strelka : les premières survivantes de l’espace

Malgré le drame de Laïka, le programme spatial soviétique persévère. En 1960, deux nouvelles chiennes errantes, Belka (« l’Écureuil ») et Strelka (« la Petite Flèche »), sont envoyées à bord de Spoutnik 5 . Cette fois, la mission est ambitieuse : non seulement atteindre l’orbite, mais aussi revenir sur Terre.

Comme Laïka, elles ont été soumises à des entraînements éprouvants : isolement, confinement prolongé, simulations de décollage, bruit et vibrations extrêmes.

Le vol a duré 27 heures. Durant cette mission, Belka a montré des signes de stress intense, allant jusqu’à vomir en apesanteur, preuve des conditions extrêmes qu’elles ont dû endurer. Belka et Strelka sont pourtant devenues les premiers êtres vivants à survivre à un vol orbital.

Ce « succès » ouvre la voie aux humains. Moins d’un an plus tard, Youri Gagarine devient le premier homme dans l’espace. Belka et Strelka deviennent des célébrités.

Strelka donne naissance à plusieurs chiots ; l’un d’eux, nommé Pouchinka, est offert à Jacqueline Kennedy, l’épouse du président américain. Ces chiens ont vécu jusqu’à leur mort de vieillesse et sont aujourd’hui empaillés au Mémorial de l’astronautique à Moscou.

Bilan et souffrances : les conditions de vie des chiens astronautes

Le cas de Laïka n’est pas isolé. Certains sont morts lors d’explosions de fusées, comme Lisichka et Chaïka en 1960, tuées quelques secondes après le décollage. D’autres ont subi des conditions de vol extrêmement dures, marquées par la peur, la désorientation et des contraintes physiques intenses.

Au total, des dizaines de chiens ont été lancés par l’URSS, souvent des femelles errantes choisies pour leur résistance et leur petite taille.

Ces programmes soulèvent aujourd’hui des questions éthiques fondamentales. Jusqu’où peut-on sacrifier des êtres sensibles pour le progrès scientifique ? Malheureusement, les cadres juridiques sont encore flous. Aucun des cinq grands traités internationaux sur l’espace ne protège les animaux . Contrairement aux humains, leur consentement n’est pas requis, et leur bien-être est rarement une priorité.

Une sensibilisation croissante mais insuffisante

Depuis les années 1990, la pression des associations comme PETA a poussé certaines agences à évoluer. La NASA a adopté des « Principes pour le soin et l’utilisation éthique des animaux », incluant le respect de la vie et la minimisation des souffrances . L’Agence spatiale européenne a renoncé à utiliser des primates. En 2010, un projet de recherche sur des singes aux États-Unis a été annulé après des protestations publiques.

Pourtant, les animaux sont toujours utilisés. En 2024, des souris ont été envoyées à la Station spatiale internationale pour étudier les effets de l’apesanteur . Contrairement aux chiens errants des années 1960, ces expériences sont aujourd’hui soumises à des comités d’éthique. Mais le débat reste entier : ces recherches sont-elles vraiment indispensables ?

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